Interview de Nicola Baggio, Offgridsun

“Chaque pays d’Afrique est un marché différent, et cette différence est bien plus marquée qu’entre pays européens”

La société italienne Offgridsun, spécialisée dans les solutions photovoltaïques pour les zones rurales sans accès au réseau électrique, a accepté de soutenir le projet Voyage-partage en fournissant gratuitement un de leur kit solaire. Nicola Baggio, le directeur technique, nous explique ici, l’intérêt de leur produit mais aussi les enjeux et les difficultés de sa commercialisation en Afrique. L’occasion d’en apprendre un peu plus sur le fonctionnement des marchés africains.

Voyage-partage.fr : En quoi consiste le kit solaire qu’Offgridsun a offert pour le projet ? 
Nicola Baggio : Il s’agit du kit Energy station plus. Grâce à son panneau solaire de 8 watt et sa batterie, il permet de recharger téléphones, tablettes, torches et autres petits dispositifs disposant d’une prise usb. Pour recharger totalement la batterie, le panneau doit être exposé une journée entière au soleil.

Personnellement, je pense l’accrocher sur mon sac à dos pendant que je voyage pour garder une autonomie électrique. Mais au départ, ce kit n’a pas été créé principalement pour les voyageurs…
Non, en effet. Il est d’abord destiné aux personnes habitants dans des zones rurales non reliées au réseau d’électricité en particulier en Amérique du Sud et en Afrique. C’est pour cette raison que le kit comprend aussi trois lampes à LED que l’on peut directement brancher sur la batterie et qui permettent d’éclairer chacune une pièce de 9m2.


Comment avez-vous eu l’idée de développer ce type de kit ?
En Afrique et en Amérique du Sud, l’accès au réseau électrique est encore très peu développé et ne le sera probablement jamais suffisamment pour couvrir toute la population. En fait, ces territoires sont gigantesques, mal desservis par les réseaux routiers et, les obstacles, montagnes, rivières… sont très nombreux dans le paysage. Ces trois facteurs rendent les coûts d’installation des réseaux électriques et de maintenance plus importants qu’en Europe et bien trop importants à assumer par les Etats en développement. Une solution est donc de rendre les zones rurales autonomes en energie sans qu’elles aient besoin de se connecter à un réseau électrique. D’où l’idée des panneaux solaires individuels produisant l’électricité nécessaire pour être éclairé et recharger son téléphone.


L’idée de ces kits a germé en 2006 mais à l’époque leur commercialisation n’était pas viable. Pourquoi ?
En 2006, quand nous avons commencé à développer nos panneaux solaires domestiques au sein de FuturaSun (Offgridsun a été crée en 2016), ils étaient beaucoup plus encombrants car les panneaux et les batteries devaient être plus grands à production égale. Mais surtout ils étaient plus chers, 400 euros contre 25 à 50 euros aujourd’hui, un prix trop important pour la population ciblée à l’époque.

Aujourd’hui, les panneaux produisent plus, les batteries tiennent plus longtemps et les LED sont moins chères. C’est ce qui nous a permis en 2013 de relancer le produit en Afrique à un prix comparable au coût du kérosène utilisé par les habitants pour produire leur électricité. En moyenne, ils utilisent 5$ à 10$ de kérosène par mois plus de l’argent supplémentaire pour faire recharger leur téléphone. En utilisant nos panneaux, ils remboursent leur investissement en cinq mois environ.

Au fil des ans on a aussi amélioré notre kit en fonction des retours des clients : on a allongé les câbles des ampoules, permis à plusieurs portables de se recharger en même temps. On a aussi complètement changé le packaging. On s’est rendu compte que notre première idée, un peu style ikea, en carton n’a pas du tout été appréciée car elle donnait une idée d’un produit “pauvre”. On a donc complètement changé de direction et opté pour un emballage chic, lumineux avec du carton, style papier glacé, qui a beaucoup plus plu.



Votre kit fonctionne pour les petits appareils, mais si je veux faire fonctionner un frigo ?
Pour les équipements électroménagers (frigo, TV…), on peut aussi utiliser des panneaux solaire mais il faut alors ajouter un alternateur pour transformer le courant continu en courant alternatif et ce n’est pas le mieux en terme d’efficacité. Par contre, il existe par exemple des frigos fonctionnant en courant continu, beaucoup plus efficaces, mais plus chers. Nous vendons des kits adaptés pour le petit électroménager (téléphone, ventilateur, frigo) mais à un prix plus important de 200€, de nouveau un prix peu accessible pour la population. Ils peuvent cependant intéresser les citadins ou les structures hôtelières situés dans des zones de black out récurrents comme au Malawi par exemple. Ils peuvent aussi être financés par des ONG.



En Afrique, quels sont les pays où vous vendez déjà vos produits ?
On intervient principalement en Ethiopie où la Banque mondiale nous a aidé financièrement mais aussi à un plus petit niveau au Kenya, en Tanzanie, en Ouganda, en Zambie, au Senegal, au Togo et au Rwanda. Maintenant nous voudrions développer notre marché en Afrique de l’Ouest. Ce n’est pas évident car chaque pays d’Afrique est un marché complètement différent beaucoup plus différent qu’entre marchés des différents pays européens. Ils faut donc se réadapter à chaque fois.

De plus,  de nombreuses marques vendent des kits de panneaux solaires. Le problème c’est que beaucoup sont de piètres qualité. Ils rendent l’âme au bout d’une semaine à peine.Conséquence, cela devient difficile de convaincre les habitants de l’intérêt de nos produits. Pour essayer d’enrayer le phénomène, la Banque mondiale certifie les produits de qualité et procède à des vérifications tous les deux ans dont les nôtres.

Et quelle filière suivent les kits ? Dans quels magasins les trouve-t-on ?
En Afrique, nos kits sont vendus dans les kiosques, les mêmes qui vendent les recharges de téléphone. Mais pour qu’ils arrivent jusqu’au kiosque, ils doivent d’abord être achetés par un distributeur dans le pays. Et le problème, c’est que le distributeur local n’a pas les moyens d’acheter un conteneur de panneaux en devise étrangère, le dollars ou l’euro. Il n’a pas suffisamment de moyens pour avancer cette somme.

De notre côté, la société n’a pas les moyens non plus d’attendre que le distributeur vende le produit pour après récupérer l’argent. C’est une pratique qui a notamment lieu aux Etats-Unis où les entreprises bénéficient d’ “angel investors” qui leur garantissent un fond de roulement important. Elles peuvent alors attendre d’être remboursées par les distributeurs. Pour pallier cette difficulté, il existe plusieurs solutions :

  • On accepte les petites commandes accessibles au distributeur.
  • La Banque mondiale aide les distributeurs à acquérir notre matériel comme en Ethiopie.
  • Des ONG achètent le matériel et le revend à crédit aux habitants.
  • Et il existe aussi des appels de marché lancé par les Etats mais ils sont souvent l’objets de pots-de-vin ou réservé aux proches du pouvoir. Et il est très compliqué de les remporter honnêtement.


Pour retrouver plus d’information sur les kits solaires d’Offgridsun voici leur site internet : http://www.offgridsun.com/fr/

Photos tirées du site d’Offgridsun

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